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ECVC appelle les député.e.s européen.ne.s à rejeter l’Omnibus X:

Cette déréglementation ne profitera qu’à l’industrie des pesticides, et non aux paysan.ne.s

 

Après le feu vert donné par le Conseil le 30 septembre, le Parlement européen s’apprête désormais à se prononcer sur le paquet législatif « Omnibus X » relatif à la sécurité des aliments, lors d’un vote en séance plénière qui pourrait avoir lieu au cours de la troisième semaine de novembre. La Coordination européenne Via Campesina (ECVC), qui représente les paysan.ne.s et les travailleur.euse.s agricoles européen.ne.s, appelle tou.te.s les eurodéputé.e.s à rejeter cette proposition dangereuse, qui vise à déréglementer le système d’autorisation des pesticides, des biocides et des produits de « biocontrôle », exposant davantage les paysan.ne.s, les travailleur.euse.s agricoles et les consommateur.rices à des produits toxiques.

Comme le souligne un rapport récent de l’organisation Corporate Europe Observatory, le paquet « Omnibus X » a été conçu pour répondre à toutes les exigences de l’industrie des pesticides, en copiant leurs recommandations dans le texte. C’est également le résultat du travail de lobbying de la COPA-COGECA, qui soutient que les agriculteurs·rices ont besoin de plus de pesticides et de biotechnologies [1] pour faire face à une situation économique et climatique de plus en plus critique. Ce discours sert à justifier la déréglementation totale des règles de sécurité, ce qui pourrait conduire à des autorisations illimitées pour les pesticides, à autoriser la pulvérisation par drones, à des dérogations pour des produits toxiques interdits et à faciliter l’autorisation de produits de « biocontrôle » contenant des micro-organismes génétiquement modifiés.

Rien de tout cela ne résoudra la crise profonde à laquelle le modèle agricole européen est confronté, et dont la cause profonde ne réside pas dans des réglementations de sécurité trop strictes, mais plutôt dans l’organisation des marchés, qui oblige les agriculteur.rice.s à adopter des pratiques intensives pour compenser leurs faibles revenus. Pour ECVC, la seule solution pour soutenir véritablement les paysan.ne.s et les travailleurs·rices agricoles est de garantir un revenu décent pour leur travail, grâce à des prix justes et à une régulation des marchés. L’abandon progessif des pesticides de synthèse doit s’accompagner de mesures fortes dans le cadre de la politique agricole commune (PAC) et d’un financement national en faveur de l’agroécologie paysanne. L’Omnibus X prétend aider les paysan.ne.s, mais ne fera que les embourber davantage dans un système de dépendance, au profit d’une poignée d’entreprises de pesticides cherchant à maximiser leurs profits. Ce sont les paysan.ne.s, les travailleur.euse.s agricoles et les populations exposées aux pesticides qui paient en fin de compte le prix fort de ces choix politiques, au détriment de leur santé et de leur vie.

L’inquiétude du public sur ce dossier ne cesse de croître : la semaine dernière, aux côtés des paysan.ne.s, 15 000 citoyen.ne.s et victimes de pesticides toxiques se sont rassemblé.e.s en France à l’occasion d’une Journée Mondiale d’Action contre les pesticides toxiques visant Syngenta, dénonçant l’Omnibus X et le colonialisme chimique des entreprises européennes, qui sont autorisées à continuer d’exporter vers des pays tiers des produits toxiques interdits en Europe, au mépris total des vies humaines.

Par ailleurs, le Groupe de travail des Nations unies (ONU) sur les droits des paysans et plusieurs Rapporteurs spéciaux ont également adressé la semaine dernière une lettre exprimant leurs préoccupations à la Délégation permanente de l’UE auprès de l’ONU, indiquant que l’Omnibus X « pourrait accroître et prolonger l’exposition des agriculteurs, des travailleurs agricoles et des communautés rurales à des substances dangereuses » et « pourrait porter atteinte à la jouissance des droits à la vie, à la santé, au droit à l’alimentation et à un environnement sain et sûr », en violation des droits fondamentaux reconnus par l’UNDROP [2]. La lettre exhorte également l’UE à indiquer si une analyse d’impact exhaustive avait été, ou allait être, menée concernant le paquet « Omnibus X », étant donné que cette proposition législative a été présentée sans analyse d’impact préalable [3]. L’absence d’analyse d’impact, particulièrement nécessaire pour un paquet législatif ayant des conséquences directes sur la santé humaine et les écosystèmes, a également été soulignée par plus de 500 scientifiques demandant la suspension des négociations jusqu’à ce qu’une évaluation des risques en bonne et due forme ait été réalisée.

Aujourd’hui, le message adressé au Parlement européen par les paysan.ne.s, les travailleur.euse.s agricoles, les citoyen.ne.s, les victimes des pesticides, les scientifiques et les expert.e.s des Nations unies est plus clair que jamais : parlementaires européen.ne.s, nous vous appelons à rejeter cette proposition dangereuse lors du prochain vote en plénière.

 

Contact :

Jean Thévenot, membre du Comité de coordination d’ECVC : +33769598227 (FR, EN, ES)

Pour le bureau d’ECVC :

Cloé Mathurin, responsible de politiques Semences et OGM  : cloe@eurovia.org

Olcay Bingol, responsible de politiques Agroécologie :olcay@eurovia.org

 

 

[1] Telles que les plantes génétiquement modifiées par des « nouvelles techniques génomiques », mais aussi les micro-organismes génétiquement modifiés (virus, bactéries, champignons, algues, etc.) utilisés dans les pesticides et les engrais. Pour plus d’informations sur les MGM, voir la  position d’ECVC.

[2] Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales, adoptée en 2018.

[3] En violation des exigences de la Commission européenne prévues par les lignes directrices « Better regulation ».